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Ventes d’armes : au Sri Lanka ce sont les victimes civiles qui paient l’addition

En 2009, le Sri Lanka est sorti d’un conflit armé prolongé et acharné. Ce conflit, qui opposait le gouvernement et les Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul (LTTE), a duré presque trente ans. Les deux parties ont commis de graves atteintes aux droits humains. Des dizaines de milliers de civils y ont trouvé la mort et beaucoup d’autres ont été blessés et brutalisés.

Depuis la fin du conflit, plusieurs groupes armés tamouls favorables au gouvernement continuent à opérer au Sri Lanka et à perpétrer des exactions et des violations, dont des agressions de personnes critiques envers les autorités, des enlèvements contre rançon, des disparitions forcées et des homicides. Les forces de sécurité ne sont pas en reste et certains de ses membres se sont rendus coupables de disparitions forcées et d’enlèvements dans de nombreuses régions du pays.

L’histoire de Ragihar Manoharan est un exemple criant des exactions commises par l’Etat sri-lankais. Le 2 janvier 2006, Ragihar, étudiant tamoul d’origine indienne, retrouve ses amis  sur le front de mer à Trincomalee. Un homme passe sur un pousse-pousse à moteur alors près d’eux et lance une grenade dans leur direction  blessant la plupart des jeunes. Ragihar et ses amis ont à peine le temps de réaliser qu’ils sont victimes d’un attentat qu’un groupe de policiers des forces spéciales, arrive. Ces policiers vont alors faire monter les étudiants blessés dans leur jeep pour les rouer de coups avec la crosse de leur fusil avant de les jeter sur la route. Des témoins affirment que les policiers ont ensuite abattu les cinq étudiants, y compris Ragihar Manoharan.

Malgré ces atteintes aux droits humains sans cesse commises par les forces de sécurité sri-lankaises et les LTTE et en l’absence d’un traité efficace sur le commerce des armes, les gouvernements étrangers ont continué d’autoriser la livraison d’un large éventail d’armes, de munitions et d’autres matériels au Sri Lanka.

Divers types d’armes classiques ont été livrés au Sri Lanka de 2000 à 2009 par plusieurs États, notamment la Chine, la République tchèque, Israël, le Pakistan, la Russie, l’Ukraine et les États-Unis.

En effet, l’Etat américain est l’un des plus grands fournisseurs d’armes du Sri Lanka. Il a notamment continué de l’approvisionner tout au long de la guerre civile qui s’est révélée extrêmement meurtrière et dont les civils en ont, une fois de plus, étaient les premières victimes (70 000 personnes y ont perdu la vie).

D’après les statistiques des Nations unies sur le commerce extérieur, les États-Unis ont fourni des  armes militaires pour près de 5 millions d’euros en 2007 et 2008. Entre 2001 et 2009, les Etats-Unis ont également été l’un des principaux fournisseurs de munitions de guerre de l’Etat sri-lankais en autorisant des transferts s’élevant à près de 3 millions d’euros.

La Chine n’en demeure pas moins en reste et a fourni au Sr Lanka un large éventail d’armes. En mai 2007, par exemple, l’hebdomadaire Jane’s Defence Weekly a signalé que, d’après une note du gouvernement, les autorités sri-lankaises avaient accepté un marché de près de 30 millions d’euros avec l’entreprise chinoise Poly Technologies pour qu’elle lui fournisse des munitions telles que des obus de canons et de mortiers. Auparavant, le Sri Lanka avait passé un marché d’approvisionnement en munitions pour une valeur de 100 millions USD avec une autre compagnie chinoise, Norinco.

Les LTTE ont quant à eux continué de se procurer des armes à travers de puissants réseaux de trafic et ont constitué une bonne partie de leur artillerie en s’emparant de celle de l’armée sri-lankaise.

La fin du conflit armé au Sri Lanka en 2009 a offert une occasion historique d’examiner les violations des droits humains commises par le passé et de mettre la lumière sur les ventes d’armes qui ont été autorisées pendant la guerre civile alors que les différentes parties perpétraient des violations des droits humains. Aujourd’hui encore l’impunité règne sur les exactions commises malgré une avancée du Conseil de sécurité des Nations unies en 2012.

De tels transferts d’équipements militaires doivent être encadrés. Pour cela, il est nécessaire de disposer d’un instrument juridique contraignant au niveau international. C’est le but du traité sur le commerce des armes qui doit être négocié puis adopté en juillet 2012 à l’ONU.


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