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Mai
12

Le Tchad : exemple d’un conflit alimenté par les ventes d’armes

Depuis de longues années, un conflit fait rage dans l’est du Tchad entre les autorités soudanaises et tchadiennes. Dans cette zone, les forces et groupes d’opposition armés utilisent des milliers d’enfants pour renforcer leurs troupes.

Avant la normalisation des relations début 2010, les gouvernements tchadien et soudanais approvisionnaient en armes et soutenaient activement les opposants politiques armés du camp adverse. Le Tchad a ainsi fourni du matériel et une assistance aux groupes armés soudanais tandis que le Soudan a abrité et aidé divers groupes d’opposition armés tchadiens. Chaque gouvernement accusait l’autre pour justifier ses propres agissements. Une situation explosive ne cessant de s’autoalimenter sans tenir compte des conséquences humaines de telles activités.

Lors de la grande offensive menée par des groupes d’opposition tchadiens autour de la capitale N’Djamena en janvier 2008, ce sont évidemment les civils qui ont été les premières victimes. Plusieurs centaines de personnes ont été blessées et tuées, et plus de 50 000 se sont réfugiées au Cameroun, à la frontière avec le Tchad, à la suite de cette attaque. Une fois que les autorités tchadiennes ont eu repris le contrôle de N’Djamena, des opposants politiques présumés ont été arrêtés, torturés, tués ou victimes de disparitions forcées.

Des violations des droits humains ont été commises par les différents groupes protagonistes qui avaient aussi de nombreux enfants-soldats dans leur rang. Les autorités tchadiennes ont ainsi récupéré 84 mineurs dans les rangs de l’UFR (un groupe rebelle tchadien) et les ont remis à l’UNICEF. En effet, le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groupes armés, qui étaient déjà des pratiques courantes dans l’est du Tchad, ont pris des proportions inquiétantes lorsque le conflit armé et les violations généralisées des droits humains ont gagné l’est du Tchad et le Darfour ces six dernières années. Des mineurs sont recrutés dans toute la région, dans les villages et les camps de réfugiés et de personnes déplacées. Les membres des forces armées tchadiennes ainsi que des groupes armés tchadiens et soudanais se sont tous rendus coupables de ces pratiques.

De nombreux gouvernements occidentaux ont maintenu leurs échanges commerciaux en matière d’armement tout au long de ce conflit. Ils ont ainsi indirectement armé ces milliers d’enfants-soldats et favorisé les violations des droits humains. En 2010, la France a accordé au Tchad une aide alimentaire de plus d’1 million d’euros alors qu’elle lui avait vendu l’année d’avant l’équivalent de 3,3 millions d’euros d’armes.

Il est nécessaire que les gouvernements qui apportent au Tchad une aide au développement soutiennent les initiatives visant à mettre un terme au recrutement et à l’emploi d’enfants soldats dans les conflits armés.

D’après les chiffres des Nations unies sur le commerce extérieur, entre 2003 et 2010, la France a vendu au Tchad des armes et des « munitions de guerre » pour une valeur proche de 3.6 millions d’euros. Les rapports annuels du gouvernement français sur les exportations d’armes vers le Tchad de 2006 à 2010 font état d’une valeur approximative de 18.7 millions d’euros, à laquelle s’ajoute celle d’équipements militaires et civils donnés par la France aux autorités tchadiennes. Le 14 février 2008, le ministère français de la Défense a reconnu que l’armée française avait porté assistance au gouvernement tchadien pour le transport de munitions de la Libye vers le Tchad.

Le 3 mars 2007, des informations ont indiqué qu’une commande de quarante chars blindés AML 90, de fabrication française, était arrivée au Tchad après avoir été livrée à la Belgique depuis l’Afrique du Sud. Il semble qu’ils étaient destinés à être utilisés dans l’est du pays, près de la frontière avec le Soudan, la zone où le conflit était alors le plus meurtrier pour les populations civiles. La vente de véhicules blindés à la France a été autorisée sans qu’aucune restriction n’interdise leur revente ou leur transfert.

En l’absence d’un traité efficace sur le commerce des armes, des atteintes continuelles aux droits humains ont pu être commises au Tchad en raison de la grande disponibilité des armes dans le pays. Le futur traité doit intégrer des critères pour que de tels transferts ne soient plus possibles à l’avenir.



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