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Mar
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Le régime syrien ne manque pas d’armes pour continuer la répression

Le Printemps Arabe a brutalement mis à jour le triste bilan de nombreux gouvernements du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en matière de droits humains. Il a également attiré l’attention sur la manière dont la vente et la livraison d’armes, de munitions et de matériel connexe à ces mêmes gouvernements a eu des conséquences sur les populations civiles de la région, comme en Syrie.

En Syrie, des manifestations en faveur de la réforme ont débuté en février 2011 et se sont transformées en mouvements de protestation de grande ampleur mi mars. Les autorités syriennes y ont répondu en déployant une extrême violence pour les réprimer. Des chars et autres véhicules blindés ont été utilisés au cours d’opérations militaires et auraient bombardé des zones civiles résidentielles dans les villes où les manifestations ont eu lieu. Des personnes ont été abattues par les forces de sécurité. Des fusils à lunette ont également été utilisés par des tireurs embusqués qui ont pris pour cibles des personnes essayant d’aider les blessés dans les rues. La marine syrienne est présumée avoir utilisé des canonnières pour bombarder la ville portuaire de Lattaquié.

Aujourd’hui, Amnesty International a enregistré le nom de plus 7 200 personnes qui auraient été tuées en Syrie dans le contexte du mouvement de protestation et des soulèvements de l’année écoulée. Le bilan de la répression est sanglant et continue de s’alourdir. Par ailleurs, la torture et d’autres formes de mauvais traitements continuent d’être couramment pratiqués en toute impunité dans les postes de police et les centres de détention des services de sécurité. Un nouveau rapport d’Amnesty International  recense 31 méthodes de torture et d’autres formes de mauvais traitements attribuées aux forces de sécurité, à l’armée et aux bandes armées progouvernementales connues sous le nom de shabiha.

Le principal fournisseur d’armes de la Syrie est la Russie dont 10 % des exportations d’armes seraient destinées à ce pays. Ces exportations comprennent notamment des missiles et des lance-missiles, des missiles antichars pour la version modernisée du char T-72 et des avions de combat MIG.

Compte tenu de la répression actuelle, le gouvernement des États-Unis a demandé à la Russie de cesser de fournir des armes à la Syrie. En août 2011, le sous-directeur du Centre russe d’analyse des stratégies et technologies (CAST) aurait déclaré que la Russie pourrait perdre quatre milliards de $ de revenus en cas d’embargo sur les armes à destination de la Syrie.

D’après le numéro de juillet 2011 de l’hebdomadaire Russia & CIS Defense Industry Weekly, le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov aurait déclaré à l’agence de presse Interfax : « quant à la situation politique qui prévaut actuellement en Syrie, étant donné sa complexité, aucun élément ne nous permet de penser que les autorités sont en train de perdre le contrôle général de la situation. C’est pourquoi, la Russie poursuit ses échanges avec la Syrie, notamment dans les domaines militaire et technique, et elle honore ses contrats en cours. »

La Russie n’est cependant pas le seul exportateur d’armes à la Syrie. L’Égypte, la France et l’Inde ont également fourni à la Syrie des armements militaires, des armes à feu non militaires, des munitions et des chars et autres véhicules blindés de combat au cours d’une période de cinq ans, d’après les statistiques des Nations unies sur le commerce extérieur.

On retrouve aussi la Slovaquie, qui a fourni 139 chars T-72 à la Syrie dans le début des années 1990, ou encore l’Italie qui a autorisé le transfert d’armes de la catégorie des systèmes de conduite de tir pour une valeur d’environ 3 680 150 $. En 2006, l’Autriche a, elle, autorisé la livraison d’armes de la catégorie des véhicules blindés pour un montant de deux millions d’euros.

Il reste néanmoins difficile de recueillir des données sur les armes vendues ou fournies à la Syrie à cause du manque de transparence. Rares sont les pays qui rendent compte officiellement de leurs ventes d’armes au gouvernement syrien. Il n’est donc pas évident d’identifier les États qui fournissent les armes utilisées pour réprimer les manifestants, comme les chars, les véhicules blindés de transport de troupes, les batteries antiaériennes, les mitrailleuses et les balles réelles.

Le cas syrien illustre la manière dont tout un éventail d’armes a été utilisé par des forces militaires, de police et de sécurité et par des groupes armés pour commettre ou favoriser de graves atteintes aux droits humains et des crimes de guerre. Il souligne la nécessité urgente de mettre en place des évaluations rigoureuses des risques liés à toutes les exportations d’armes envisagées, dans le cadre d’un traité sur le commerce des armes, pour lutter contre les transferts internationaux d’armes classiques peu réglementés et contribuer à mettre fin aux ravages que la mauvaise utilisation de ces armes cause sur la vie des civils.

En réaction aux atteintes généralisées aux droits fondamentaux commises par les gouvernements lors des soulèvements du Printemps arabe, Amnesty International a demandé l’imposition immédiate d’un embargo général et complet des Nations Unies sur les livraisons d’armes à la Syrie.

Mais, à ce jour, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est refusé à prendre une quelconque mesure déterminante à cause des vétos russe et chinois. Les preuves des crimes contre l’humanité perpétrés par les forces de l’État syrien continuent aujourd’hui de s’accumuler. Un traité efficace sur le commerce des armes aurait pu aider à empêcher ces violations des droits humains.


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