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Mar
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Le MV Schippersgracht : un navire de la honte vers l’Egypte

Il y a quelques temps, le MV Schippersgracht était encore un navire marchand lambda du groupe hollandais Spliethoff’s Bevrachtingskantoor BV. Mais depuis deux mois, Amnesty International suit la progression de ce navire de la honte.

Il est aujourd’hui localisé en mer Méditerranée et était attendu selon les informations d’Amnesty ces jours-ci en Égypte. A son bord se trouvent des armes et explosifs en provenance du port MOTSU (Caroline du Nord), le plus grand port de transfert de munitions des États-Unis, un port très utilisé par le ministère américain de la défense.

Le MV Schippersgracht a quitté MOTSU le 3 mars 2012 avec une cargaison d’armes et d’explosifs : cartouches de fusil, fusées d’artillerie et d’autres munitions. Le capitaine du navire a alors indiqué Port Saïd en Égypte comme prochaine destination.

L’armement transporté par le navire hollandais fait suite à une série de livraisons d’une impressionnante quantité d’armes en provenance des États-Unis vers Égypte depuis quelques mois dans un contexte de violences dénoncé à maintes reprises par Amnesty International. Entre le 11 décembre et le 5 février 2012, le bureau des acquisitions de l’Agence de l’armement du ministère égyptien de la Défense a fait acheminer un total de 349 tonnes d’équipements militaires : véhicules blindés, tanks, pièces détachées et composants militaires pour des équipements électroniques … Ce matériel a été livré, pour une valeur d’au moins 26 millions d’euros, via sept navires de l’armateur American President Lines Maritime Ltd.

Le cas du navire MV Schippersgracht n’est donc pas isolé. En collaboration avec Transarms (un centre de recherche sur la logistique des transferts d’armes) et l’International Peace and Information Service (IPIS), Amnesty International a constaté que plusieurs de ces navires de la honte effectuent des transferts d’armes entre les principaux fournisseurs faisant preuve d’irresponsabilité et des pays où il existe un risque élevé que ces armes soient utilisées pour commettre de graves violations des droits humains. Parmi ces grands exportateurs irresponsables, on retrouve la Chine et la Russie.

Ce transfert d’armes des États-Unis vers Égypte est très préoccupant dans un contexte de répression violente parfois meurtrière par les forces de sécurité égyptiennes envers les populations manifestantes.

Selon Brian Wood, responsable des recherches sur le contrôle des armes au sein d’Amnesty International, « il a été clairement établi que des armes provenant de cargaisons précédentes ont récemment été utilisées par les forces de sécurité égyptiennes pour commettre de graves violations des droits humains ».

En effet, l’année dernière, les forces de sécurité égyptiennes ont employé une force excessive contre les manifestants. Plus de 100 civils ont été tués et des milliers d’autres ont été blessés lors des cinq derniers mois : une utilisation des armes en graves violations des droits humains !

La lumière sur l’utilisation des munitions par les forces de sécurité égyptiennes est le parfait exemple pour illustrer l’urgence d’élaborer et de mettre en œuvre un traité mondial sur le commerce des armes (page armes d’Amnesty International France). La phase finale des négociations de ce futur traité démarrera le 2 juillet prochain. Amnesty International demande que les munitions soient inclues parmi les armes classiques dont le traité doit réglementer le commerce. Mais les États-Unis s’y opposent.

Le 15 mars, le commandant du transport maritime militaire des États-Unis a affirmé que la cargaison d’armes et d’explosifs à bord du MV Schippersgracht ne serait déchargée dans aucun port égyptien. Aucune déclaration ultérieure sur la destination finale du navire n’a été faite depuis …

Confrontée par Amnesty International quant au transfert d’armes du MV Schippersgracht, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton doit révéler et expliquer qui est le destinataire final de cette cargaison. Elle doit aussi donner l’assurance qu’aucun transfert d’équipements militaires américains n’ait lieu s’il est à destination de pays où il est probable que les destinataires y recourent pour commettre ou favoriser des violations des droits humains.

Le 14 mars, Amnesty International USA a envoyé une lettre à Hillary Clinton pour exprimer son inquiétude à propos de la répression menée actuellement en Égypte par le Conseil suprême des forces armées contre la population civile (lettre envoyée).

Le Département d’Etat américain doit décider si Égypte a fait assez pour obtenir 1.5 milliard de $ d’aide pour cette année. Constatant les violations des droits humains commises en Égypte, le Département d’Etat ne peut certifier de bonne foi au Congrès que le gouvernement égyptien protège les droits humains.

Tant que les forces égyptiennes ne montrent pas de véritables preuves que les violences envers les manifestants pacifiques ont cessées et tant qu’elles ne reconnaissent pas leur responsabilité pour les violations passées, Amnesty International demande la suspension de cette aide américaine.


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