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Arrestation du trafiquant d’armes Jacques Monsieur aux Etats-Unis

Jacques Monsieur (c) David Servenay/RFIIl est connu dans le circuit du commerce des armes, qu’il soit légal ou illégal, sous le nom de « Monsieur MONSIEUR ». Ou le « Maréchal », du fait de son appartenance, dans sa jeunesse, à l’armée belge.

Jacques MONSIEUR, citoyen belge, résident en France, fait partie de ces grands noms qui ont trempé dans des affaires de vente d’armes plus ou moins légales, plus ou moins tolérées et épaulées par les autorités de différents pays du monde. Il est ce que l’on nomme couramment un « trafiquant d’armes », même s’il se défend de cette appellation.

Espion, commerçant,  trafiquant … entre l’histoire qu’il raconte, celle que les journalistes essayent de retracer ( par exemple Laurent LEGER, dans son livre Trafic d’Armes (Flammarion, 2006) et ici, ou David SERVERAY, dans ses articles (1, 2, 3) pour Rue 89), et celle que la justice américaine vient de mettre à jour, il est difficile de dresser un portrait de Monsieur Monsieur. Il n’empêche qu’on trouve son nom lié à ceux de pays en conflit : Iran, Ex-Yougoslavie, République Démocratique du Congo …

Déjà jugé pour diverses raisons par les justices belge et française, il vient d’être arrêté aux Etats-Unis, en Alabama précisément, le 28 août, à la descente d’un avion provenant de France. Il a été piégé par les autorités fédérales américaines alors qu’il cherchait à organiser une vente illégale de moteurs d’avions fabriqués aux Etats-Unis en direction de l’Iran.

La manière dont il a été piégé est intéressante, car elle montre bien comment un trafic d’armes peut se passer. Il cherchait des moteurs américains pour des avions F-5 pour renouveler des pièces d’appareil vendus avant 1979 à l’Iran. Il existe aux Etats-Unis depuis 1995 un embargo fédéral sur la vente d’armes en direction de l’Iran, car le régime est considéré comme soutenant le terrorisme international . Pour contourner cette interdiction, Jacques Monsieur s’était procuré un faux certificat d’usage final pour la Colombie : pour les douanes américaines, les moteurs étaient achetés et devaient être livrés en Colombie, pour être montés sur des avions colombiens.

En fait, les agents fédéraux américains avec qui il traitait ont mis à jour la manière dont il allait procéder (voir l’acte d’accusation, en anglais, spécialement les pages 5 à 8). A partir d’une société basée au Kyrgyzstan, il allait acheter les pièces, les faire livrer en Colombie en se servant de ses faux certificats d’utilisation finale pour passer les douanes américaines. Sur place, il devait trouver un nouveau transporteur pour les acheminer d’abord aux Emirats Arabes Unis, puis en Iran. Ce type de filière, qui est généralement montée pour une seule affaire, et qui change régulièrement, est l’exemple parfait d’un trafic d’armes.

Ce qui est aussi intéressant à noter dans le cadre de cette procédure, est que la vente d’un moteur d’avion est  considérée comme une vente d’armes illégale, car cette pièce destinée à faire fonctionner une arme.

Tout ce trafic vaut aujourd’hui à Jacques MONSIEUR d’être poursuivi par la justice américaine pour « conspiracy, smuggling, money laundering, and violating weapons-trafficking laws and export controls related to a U.S. trade embargo on Iran. » Ces 6 charges peuvent l’emmener en prison pour une peine comprise entre 20 et 60 ans. Selon son avocat, Monsieur MONSIEUR devrait plaider « non coupable ».

Ce n’est pas la première fois dans ces dernières années que la justice américaine cherche à faire tomber un grand trafiquant d’armes. Ce fut le cas en 2007 pour Viktor BOUT, le célèbre marchand d’armes russe, arrêté en Thaïlande, qui a évité il y a un mois une extradition vers les Etats-Unis, où il est recherché pour avoir vendu des missiles aux FARC colombiens, vente qui tombe sous le coup de la même loi que Jacques MONSIEUR.

L’ère du trafic en toute impunité est-elle en train de prendre fin, pour des personnes qui ont pu travailler avec l’assentiment des autorités américaines à une autre période, selon les intérêts du moment (en Bosnie pour Jacques MONSIEUR, en Irak pour Viktor BOUT)  ? On ne peut que le souhaiter.

Florian MONNERIE


2 Responses to “Arrestation du trafiquant d’armes Jacques Monsieur aux Etats-Unis”


  1. décembre 25, 2009 à 10:08

    article qui résume assez bien le procédé, je vous conseil vivement de regarder le documentaire de Spécial Investigation du 11 décembre sur canal+ qui parle de l’armement par jaques monsieur de la croatie pendant les affrontement en ex-yougoslavie qui les opposés à la serbie.

  2. 2 HERVE
    septembre 2, 2011 à 8:02

    Vous pourriez être intéressés par :

    http://www.dhnet.be/dhjournal/archives_det.phtml?id=295540

    Date: 14/11/2003

    ( … ) En 1984, Frantsevitch a été condamné à 4 ans pour incendie volontaire, faux et usurpation. Mais surtout, Frantsevitch était actif dans des activités spécialisées dans la pornographie infantile. Dans le cadre du procès de Jacques Monsieur, trafiquant d’armes notoire, le procureur avait également parlé de liens entre Monsieur et Frantsevitch. ( … )

    Il faut savoir que Serge Frantsevitch apparaît dans le dossier « Dutroux – Nihoul » et qu’il connaissait très bien la famille de Patrick Haemers … ce qui peut conduire à un lien avec les Tueurs du Brabant.

    Dans cette histoire, on retombe chaque fois dans ce milieu de marchands d’armes et de services secrets (militaires).


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