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En RDC, les armes alourdissent le bilan d’un conflit qui perdure depuis plus de vingt ans

Amnesty International publie cette semaine un rapport intitulé « If you resist, we’ll shoot you » (Si vous résistez, nous vous tirerons dessus) pour dénoncer les violations des droits humains commises en République Démocratique du Congo (RDC) par les forces de sécurité congolaises ainsi que par les groupes armés. Des violations facilitées par la disponibilité et l’accès à une importante quantité d’armes et de munitions dans le pays.

Depuis plus de vingt ans, la RDC est en proie à un conflit armé qui a causé la mort de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Des crimes répréhendés par le droit international tels que des homicides illégaux, des disparitions forcées, des actes de tortures, des violences sexuelles ont été commis à une large échelle par des groupes armés nationaux et étrangers ainsi que par des milices. Un rapport des Nations unies publié en octobre 2010 a recensé plus de 600 cas de sérieuses violations du droit international humanitaire qui auraient été perpétrées entre mars 1993 et juin 2003 incluant des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. Les forces de sécurité congolaises et les groupes armés ont continué depuis à commettre de similaires violations en toute impunité.

C’est particulièrement le cas dans l’est de la RDC où des groupes armés et les forces gouvernementales ont été responsables d’exécutions extrajudiciaires de nombreux civils. Des viols et d’autres formes d’abus sexuels sont très largement rapportés. Un nombre important d’enfants continue d’être recrutés comme soldats pour des groupes armés tels que la LRA (l’Armée de la Résistance du Seigneur de Joseph Kony).

Après de violents affrontements entre les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda), des déserteurs et des groupes armés dans le nord et le sud de la région du Kivu en avril et mai 2012, le nombre de personnes déplacées a atteint les deux millions.

Toutes les parties au conflit ont pu commettre ces graves violations des droits humains en raison de la facilité avec laquelle ils peuvent se procurer armes et munitions. En 2003, dans le but de résoudre ce problème, le Conseil de Sécurité des Nations unies a imposé un embargo sur les armes à destination de tous les groupes armés opérant dans les régions du nord et sud Kivu ainsi que dans l’est de la RDC. Un embargo qui sera assoupli en 2008 malgré la poursuite des violations. Cette levée des restrictions a eu des répercussions majeures en termes de prolifération et d’utilisation abusive des armes dans le pays.

Au cours des dernières années, les autorités congolaises ont importé un large éventail d’armes, de munitions et d’équipements connexes auprès de plusieurs États. Parmi les principaux fournisseurs d’armes, on retrouve la Chine, les États-Unis, la France ou encore l’Ukraine.

Malgré le risque substantiel que ces armes soient utilisées pour commettre de graves atteintes aux droits humains ou des crimes de guerre en RDC, ces Etats fournisseurs ont approuvés tous ces transferts. Cette fourniture d’armement et de munitions aux forces gouvernementales est également devenue la principale source d’armes pour les groupes armés opérant dans l’est de la RDC en dépit de l’embargo du Conseil de Sécurité de l’ONU.

En RDC comme trop souvent ailleurs, ce sont les civils qui sont les premières victimes de l’absence de contrôle, du détournement d’armes et de l’impunité. En octobre 2008, le Congrès national pour la défense du Peuple (CNDP) a attaqué la ville de Kiwanja, faisant 150 morts parmi les civils, quelques jours après avoir pillé un dépôt des FARDC à Rumangabo, dans l’est du pays, où il s’était emparé d’un grand nombre d’armes. Les soldats sont allés de maison en maison, sortant de force des jeunes hommes avant de les poignarder à mort ou de les abattre d’une balle dans la tête ou dans la poitrine. Laurent Nkunda, alors leader du CNDP, a déclaré fièrement lors d’un entretien avec Amnesty International en 2008 : « J’ai pris Rumangabo deux fois. Il est impossible de compter le nombre d’armes dont nous nous sommes emparés à ces occasions, il y en avait tellement. « Après le premier pillage, les FARDC ont refait le plein, avec des armes de tous calibres : des batteries antiaériennes, des armements antichars. C’est le gouvernement qui me les a donnés. Je voudrais remercier la Chine, pour avoir fourni toutes ces armes aux FARDC. »

Les transferts continus d’armes vers les mains abusives en RDC souligne le besoin urgent de renforcer le système d’embargo des Nations unies  et de le compléter par un traité sur le commerce des armes qui sera un outil efficace pour empêcher les transferts d’armes illégaux et irresponsables. Amnesty International prône l’adoption d’un traité qui impose aux États fournisseurs de mener des évaluations rigoureuses, au cas par cas, du risque posé par tout transfert d’armes envisagé.

En juillet 2012, 193 États sont invités à négocier le texte de ce traité international au siège des Nations unies à New York. Pour Paule Rigaud, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International, « La situation en RDC met le doigt sur l’impérieuse nécessité pour les gouvernements d’adopter un traité sur le commerce des armes (TCA) de portée mondiale, lors des négociations finales qui se dérouleront aux Nations unies au mois de juillet. »

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