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juin
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Le business mortel du salon Eurosatory

Le 11 juin prochain s’ouvrira à Paris le salon Eurosatory qui va réunir les principaux acteurs du secteur de l’armement. C’est le plus grand salon international, le seul dédié essentiellement à la défense et à la sécurité terrestre et aéroterrestre. A Eurosatory, le visiteur vient faire son marché. En effet, ce salon d’exposition présente un étalage de produits couvrant toute une gamme qui va du véhicule (chars de combat, blindés, camions…), aux armes légères (armes à feu, missiles, couteaux….) en passant également par les systèmes de communications, les tenues, ou encore les services logistiques. Autrement dit, c’est la foire aux armements,  tous les pays se retrouvent pour faire leurs emplettes. Etats-Majors, officiels comme moins officiels, il en va ainsi des fameux intermédiaires ou marchands d’armes de tout poil.

L’ampleur d’Eurosatory se mesure à sa capacité d’attraction. Ce sont pour l’année 2010 plus de 1 300 exposants de 54 pays dont 70% internationaux, plus de 1500 matériels et systèmes d’armes majeurs, 54 000 visiteurs professionnels de 130 pays dont 46% internationaux, des délégations officielles venues de tous les continents … Depuis la première exposition il y a vingt ans, le nombre d’exposants n’a cessé d’augmenter. Cette année est particulière puisque le salon se tient  à quelques jours de l’ouverture d’une conférence des Nations unies (2-27 juillet) destinée à responsabiliser la vente d’armes dans le monde en adoptant un traité international sur le commerce des armes classiques.

Une large partie des exposants du salon est de nationalité européenne, aux côtés également des Etats-Unis, de la Chine, et de la Russie. Les pays membres de l’Union Européenne ont adopté en 1998 un « Code de conduite en matière d’exportations d’armement ». Ce texte vise d’une part à promouvoir  la transparence et la responsabilité des États membres dans les transferts d’armes vers des pays tiers et d’autre part, l’harmonisation des politiques d’exportation de matériels de guerre. Fin 2008, ce Code de conduite est devenu une Position commune grâce à la mobilisation des ONG de la plate-forme française Contrôlez les armes : cette transformation confère au texte une valeur juridiquement contraignante pour les États parties.

La Position commune démontre la volonté des pays européens à être vigilants quant aux destinataires finaux de leurs équipements militaires. Ils ne sont donc pas censés exporter n’importe comment et à n’importe qui. Et pourtant, plusieurs conflits armés de ces dernières années nous ont prouvé le contraire d’où la nécessité d’un traité sur le commerce des armes. En effet, très récemment, en Libye, il a été retrouvé des armes européennes. Amnesty International a recensé 10 États européens dont le gouvernement a autorisé la livraison d’armements divers, de munitions et de matériels connexes à la Libye. Rien qu’en 2009, un an après l’adoption de la Position commune, les Etats européens ont vendu pour plus de 340 millions d’euros d’armes au régime de Mouammar Kadhafi. L’entreprise allemande Heckler & Koch a notamment vendu à la Libye des fusils d’assaut G36 qui ont été utilisés par les forces pro-Kadhafi durant la répression. Cela n’empêchera pas cette société d’être une nouvelle fois présente dans les allées d’Eurosatory cette année.

La Libye n’est pas le seul exemple où des pays européens ont vendu des armes à des Etats qui les ont utilisées contre leur population par la suite. Les pays du Printemps arabe, qui ont réprimé de façon violente et souvent meurtrière les manifestations de leurs citoyens, étaient souvent munis d’armes européennes. L’Egypte, qui a utilisé des armes contre les manifestants, est équipée d’équipements provenant d’Autriche, de Belgique, de Finlande, de France, d’Allemagne, d’Italie ou encore du Royaume-Uni.

La France comme l’Union Européenne dénoncent aujourd’hui les ventes d’armes de la Russie au régime de Bachar al-Assad. L’un n’empêchant pas l’autre, la Russie a également était invitée à participer au salon avec l’entreprise Rosoboronexport,  fournisseuse d’armes de la Syrie. A noter également qu’un stand libyen sera présent sur le salon quand le pays est encore sous un embargo sur les armes des Nations unies. Autre fait : entre 2005 et 2009, plusieurs Etats européens ont également vendu des armes à la Syrie. Ces pays seront tous présents au salon Eurosatory la semaine prochaine, prêts à passer de nouvelles commandes avec des Etats s’avérant parfois peu respectueux du droit international et du droit international humanitaire. Parmi eux, l’Italie qui sera représentée par la société Selex Galileo et qui tiendra son stand au salon cette année, elle qui a vendu à la Syrie des systèmes de conduite de tir  destinés aux chars des forces de sécurité syrienne, chars utilisés dans le cadre de la répression comme à Hama.

Un traité sur le commerce des armes pourrait permettre d’empêcher les transferts d’armes vers des pays où il existe un risque substantiel que celles-ci soient utilisées pour commettre des violations des droits humains et des atrocités. Un tel texte est à portée de mains, la conférence s’ouvre aux Nations unies dans 25 jours !  Le business des armes ne s’arrêtant jamais, se tiendra en même temps que la conférence des Nations unies sur le traité sur le commerce des armes  le salon de l’armement aéronautique de Farnborough au Royaume-Uni.

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