01
fév
10

LEBANON : plus qu’un film, une expérience de la guerre …

Mercredi 3 février 2010 sort sur les écrans français le film israélien LEBANON, réalisé par Samuel MAOZ, qui a entre autre gagné le Lion d’Or au festival de Venise de 2009.

Le film, qui s’inscrit dans la lignée des récents BEAUFORT [1] et VALSE AVEC BACHIR [2], est basé sur l’expérience personnelle du réalisateur, et raconte l’histoire de quatre jeunes soldats israéliens qui se retrouvent dans un tank, au premier jour de l’offensive israélienne sur le Liban en mai 1982. Coincé avec eux dans cette machine de guerre, le spectateur découvre une expérience de l’intérieur du tank, que ce soit dans l’obscurité du véhicule ou à travers le viseur du tireur.

En grande partie autobiographique, ce film offre une expérience sensible de la guerre, tant sur le plan visuel que sonore. Au-delà de ses qualités cinématographiques, le film attire l’attention sur certains points ayant leur importance au regard de l’utilisation des armes lors des conflits armés.

Schmulik, tout juste 19 ans, vient d’être affecté à son poste de tireur dans le premier tank à passer la frontière libanaise, en appui aux troupes israéliennes au sol. Mis face à un véhicule qui fonce sur son unité, alors qu’il ne peut identifier le conducteur et son intention, en l’occurrence  savoir s’il s’agit au terme du droit international humanitaire d’un civil ou d’un combattant, il désobéit à l’ordre de tir, ce qui cause la mort d’un des soldats israéliens. Tiraillé par son échec, il obéira ensuite à l’ordre de détruire un autre véhicule, visiblement civil, ce qui constitue au terme du droit international un crime de guerre.

Identifier, cibler et détruire « l’ennemi » … pour un militaire sur le terrain, dans une situation de combat, c’est la situation la plus difficile. C’est néanmoins une obligations au terme des articles 48 et 51 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1949 :  » En vue d’assurer le respect et la protection de la population civile et des biens de caractère civil, les Parties au conflit doivent en tout temps faire la distinction entre la population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires et, par conséquent, ne diriger leurs opérations que contre des objectifs militaires. » (article 48). C’est cette difficulté et ce dilemne qu’illustre de manière poignante le film de Samuel MAOZ.

Quand l’unité militaire qu’accompagne le tank rentre dans une ville préalablement bombardée par l’armée israélienne, c’est au travers de la lunette de visée de Schmulik que l’on découvre parmi les ruines les corps calcinés des civils tués lors de ces bombardements indiscriminés, ce qui est aussi interdit au terme de l’article 51 précité. La question des bombardements, qui se pose lors de tous les conflits, est ici montrée à partir de l’approche militaire et stratégique. On n’assiste pas à ces actions, mais on estime que la protection des troupes au sol doit être précédée de ces bombardements, sans même savoir si tous les objectifs détruits sont des objectifs militaires.

Dans ce paysage désolé errent quelques survivants, mais aussi des combattants libanais et syriens. Dans une scène poignante d’intensité, des civils (une femme et ses enfants) sont pris en otage comme boucliers humains par des combattants opposés aux forces israéliennes, qui, pour pouvoir se protéger, tuent tous les occupants de l’immeuble. Là encore, le film attire directement l’attention sur la pratique des boucliers humains, elle aussi interdite par l’article 28 de la Convention IV de Genève de 1949 : « Aucune personne protégée ne pourra être utilisée pour mettre, par sa présence, certains points ou certaines régions à l’abri des opérations militaires. »

Malheureusement, ce n’est pas que du cinéma. Le débat entre population civile et combattant, entre objectif civil et militaire revient lors de chaque conflit. A l’heure actuelle, les juristes des armées, mais aussi les soldats, se doivent d’être formés pour éviter tout crime de guerre. A chaque incident, il est souvent mis en avant par les armées, comme cela a été le cas par les Forces de Défense Israélienne (FDI) lors de l’opération Plomb durci, qu’il est difficile, sur le champ de bataille et dans le feu de l’action, d’identifier réellement l’impact qu’une décision de bombarder un objectif civil peut avoir sur les populations civiles. Ce que mettent en avant les juristes des FDI, dans leur rapport de juillet 2009, c’est qu’un militaire et un juriste des droits humains ne feront pas la même évaluation (paragraphes 124 à 129). Au final, pour les FDI :

« Il n’y a pas d’indication qu’un crime de guerre est commis simplement parce que d’autres personnes concluent, après le conflit, qu’une décision différente – souvent dans le cas d’une décision prise très rapidement sur le champ de bataille – aurait pu causer moins de victimes civiles. Au contraire, si le commandant sur le terrain n’avait pas l’intention et n’avait pas connaissance que l’attaque causerait distinctement un niveau excessif de dégâts et de victimes pour les populations civiles, il n’y a pas de base légale pour qualifier cette attaque de crime de guerre. » [3] (paragraphe 129 du rapport précité).

Évidemment, comme toujours dans le cadre d’un conflit, il y a différente manière de voir une même situation. C’est la difficulté du droit international humanitaire, de vouloir imposer des règles dans des moments paroxystiques où toute règle semble avoir disparu. C’est aussi ce qui fait sa force, et le besoin de reconnaître l’importance de sa mise en oeuvre, et de poursuivre les personnes qui ne l’ont pas respecté. Quelle que puisse être la situation sur le terrain, les règles du droit international humanitaire ont toujours vocation à s’appliquer !

Cette importance des règles, et la manière de les ignorer, est parfaitement illustré dans le film de Samuel MAOZ, avec un clin d’œil à l’actualité de l’opération Plomb durci, et l’utilisation des armes au phosphore blanc. Le tank est chargé de bombes au phosphore blanc, dont l’usage est particulièrement interdit en droit international humanitaire dans les zones densément peuplées, au terme de l’article 2 du Protocole sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi des armes incendiaires de 1980. Pour ne pas à avoir à tomber sous le coup du droit international, l’officier en charge du tank, lors de sa deuxième rencontre avec les 4 soldats à l’intérieur du tank, suggère aux soldats tout simplement de ne pas utiliser le mot « phosphore », mais dans utiliser un autre, « fumée ardente », comme si, en changeant l’identité de l’arme, l’interdiction n’avait plus effet :

Cette ambiguité, cette difficulté, cette rapidité de la guerre, c’est ce que met en scène le réalisateur, par l’expérience sensible que propose LEBANON. C’est aussi un film qui offre de nombreuses pistes de réflexion, qu’elles soient visuelles, cinématographiques, ou sur les droits humains, un film riche des contradictions, des exactions, des peurs et la violence dont il se nourrit. C’est enfin, au-delà de toutes ces considérations, un film fort pour dénoncer la conduite de la guerre.

Florian MONNERIE

[1] Film israélien de Joseph Cedar (2007), sur les derniers jours d’occupation du fort de Beaufort, au Liban, par l’armée israélienne en 2000

[2] Film israélien d’Ari Folman (2008), dans lequel le réalisateur évoque sa propre expérience de la guerre du Liban de 1982 à travers l’exemple des massacres de Sabra et Chatila

[3] Traduction personnelle. Le texte original se lit : « There is no indication of a « war crime » simply because others conclude, after the conflict, that a different decision – often a snap decision taken on the battlefield – could have led to fewer civilian casualties. To the contrary, if the commander in the field did not intend and did not know that the attack would cause clearly excessive levels of civil harms, there is no legal basis for labelling it as a war crime »


05
déc
09

Le Marathon des lettres : engageons-nous pour les personnes en danger !

Entre le 5 et le 13 décembre 2009 aura lieu la 8ème édition du Marathon des lettres. Il s’agit d’un évènement organisé par Amnesty International, à l’échelle mondiale, incitant les militants et les sympathisants de tous les pays à se mobiliser pour des personnes dont les droits sont menacés.

L’objectif du Marathon des lettres est d’inciter dans le monde entier le maximum de gens à signer des pétitions, écrire des lettres, adresser des messages de soutien durant la deuxième semaine de décembre, qui correspond à la semaine de la Journée internationale des droits humains (10 décembre). Ces lettres et pétitions sont adressées aux gouvernements responsables de détentions arbitraires, de torture ou de diverses menaces pesant sur des personnes qui sont engagées pacifiquement pour défendre leur conviction.

Les centaines de milliers de lettres qui affluent simultanément des cinq continents résonnent comme autant d’avertissements adressés à ceux qui croient détenir un droit de vie et de mort sur leurs citoyens. De la même manière, les messages de soutien envoyés à des personnes en danger constituent souvent un appui moral très important pour des personnes en butte à l’injustice et l’impunité, souvent esseulées, menacées et discréditées par les pouvoirs en place.

Douze cas ont été retenus par Amnesty International et peuvent être consultés sur le site internet prévu pour l’occasion.

Des actions sont prévues pour chaque cas, des chats vidéos seront fait avec des défenseurs des droits humains, et vous pourrez leur posez des questions. Inscrivez-vous pour cette initiative et faites-le savoir autour de vous !

Veillée d’Armes prend les couleurs des cette campagne, et durant cette semaine,  s’associe à cette initiative internationale, essentielle pour la protection des droits humains.

Nous aimerions attirer votre attention sur 5 cas en particulier, qui ont lien direct ou indirect avec les armes. En effet, l’arme est un vecteur des violations des droits humains et du droit international humanitaire, quel que soit le pays, quelle que soit la situation. C’est pour cela que durant la semaine, nous allons vous présenter tous les jours un défenseur ou un groupe de défenseurs en danger, en mettant l’accent sur le rôle qu’ont pu jouer les armes dans les violences qu’ont subi ces personnes, et la manière dont une protection plus efficace peut être envisagée à l’avenir pour ces personnes !

Merci beaucoup à tous !

Lundi, nous vous présenterons la Communauté de paix de San José de Apartado, en Colombie

30
oct
09

Les plus grands exportateurs d’armes s’engagent pour un Traité international sur le commerce des armes (TCA) pour 2012 !

Communiqué de presse de la plateforme française « Contrôlez les Armes ! » :

Aujourd’hui, à l’ONU, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, et 150 pays s’engagent dans le processus d’élaboration d’un TCA. Seul le Zimbawe a voté contre. Les ONG de la plateforme française — présentes à New York à l’Assemblée générale de l’ONU — se félicitent de ce vote historique. La plateforme française attend un traité fort qui s’appuie sur la règle d’or : respect des droits humains, du droit international humanitaire et des exigences de développement économique et social comme l’a souligné à l’instant le Nigeria au nom de la CEDEAO.

Tableau de vote de l'Assemblée générale le 30/09/2009 (c) B. Muracciole« Ce vote est un pas décisif dans la prévention des graves violations des droits humains. Jamais dans l’histoire, les États ne s’étaient engagés aussi fortement dans un traité de régulation des armes classiques » a déclaré Benoît Muracciole d’Amnesty International France.

D’après Didier Destremeau du Secours Catholique – Caritas France, « Après plusieurs années de mobilisation globale autour du TCA, les États s’engagent à ouvrir des négociations pour adopter un traité lors d’une conférence internationale en 2012. Ce délai doit absolument être respecté ».

Toutefois, à l’initiative des Etats-Unis, la procédure d’adoption du traité en 2012 se fera au consensus. Ce droit de veto accordé à chaque Etat participant suscite des interrogations sur l’aboutissement des négociations.

« Nous redoublerons de vigilance pour que ce processus débouche sur un traité fort, avec des standards élevés afin que le commerce irresponsable des armes s’arrête. C’est une condition indispensable pour le développement des pays pauvres. Nous nous réjouissons donc de savoir que les Etats-Unis ont rejoint le processus » a déclaré Zobel Behalal du CCFD – Terre Solidaire.

« Aucun État ne doit être autorisé à bloquer le processus du TCA quand il est clair qu’une large majorité d’États est favorable à un traité fort » a souligné Patrice Bouveret de l’Observatoire des armements.

Les ONG se félicitent du rôle joué par la France, particulièrement engagée en faveur de l’adoption d’un traité depuis le début du processus, et lui demandent de rester vigilante afin que les négociations ne soient pas paralysées par des États qui voudraient affaiblir le futur traité.

« L’heure est maintenant à la réflexion et au débat sur le contenu du traité qui doit, pour être efficace, respecter les principes des droits de l’Homme, du droit international humanitaire et du développement économique et social, de manière à réduire significativement les coûts humains associés à la prolifération des armes » a conclu Nicolas Vercken d’Oxfam France – Agir ici.

Vous pouvez téléchargez le texte de la résolution L38 intitulé : « Traité sur le commerce des armes » en français et en anglais

Vous pouvez prendre connaissance des grands principes pour le TCA dans ce slide-show :

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28
oct
09

Angolagate : un premier signe de justice

À la lecture du verdict énoncé le 27 octobre par le tribunal correctionnel de Paris, concernant les transferts d’armes en direction de l’Angola, on peut se dire que la justice est en marche. Pour rappel des faits : entre 1993 et 1998 la société Brenco International a fait transférer des armes pour la somme de 790 millions de $ au profit du gouvernement de Dos Santos.

Quand j’écris cela je fais vite car c’est sur ordre de la SOFREMI, qui est sous la responsabilité du ministère de l’intérieur, que Brenco International mandate une société slovaque ZTS Osos, qui aurait obtenu un prêt de la banque BNP Paribas, pour acheter les armes à une société russe et les livrer au gouvernement angolais contre du pétrole … OUF !!!

Seulement voilà, le contrat a été signé en France et aucune demande d’autorisation de matériel de guerre n’a été faite à la CIEMG, Commission Interministérielle pour l’étude des Exportations de Matériel de Guerre, autorité compétente en France pour ce type de transaction. Le 23 janvier 2001, le ministre de la Défense Alain Richard dépose une plainte pour infraction à la législation de 1939 sur le commerce des armes.

Après cela, c’est une valse de personnages gravitant ou ayant gravité autour du pouvoir qui se retrouvent pour toucher une partie de ce juteux contrat. Certains sont relaxés, d’autres pris sans que la limite entre l’activité des uns ou des autres soit très claire.

Tout cela pourrait faire un bon roman de gare, des politiques, du pétrole, des armes, une grande banque ayant pignon sur rue… le seul problème, et il est de taille, c’est que ces armes ont de grandes chances d’avoir été utilisées dans de graves violations des droits de la personne.

Si cela ne veut rien dire pour vous, cela peut être, par exemple, le  22 août 1998 dans le district de Miconje, dans le nord de Cabinda :

«  les troupes angolaises ont cerné les villages de  Maluangu N’Zau, Nkoi, M’Bitina et Tseke M’Baza. Les soldats ont attaché des villageois,  les ont battus avec leurs armes, et ils en  ont tué d’autres ».

Et les armes ne se sont pas arrêtées à la frontière de l’Angola, la République démocratique du Congo, en guerre depuis 1996, en a profité aussi au mépris des droits des populations civiles.

À ce jour la France n’est toujours pas en conformité avec la position commune de l’UE de 2003, qui demande l’enregistrement des intermédiaires et de leurs activités.

En 2007, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) a délivré un avis demandant que la loi sur l’intermédiation soit votée au plus vite en y incluant ses recommandations.

Au moins, pour toutes les victimes et leurs familles, ce verdict aura un petit goût de justice.

Benoît MURACCIOLE

26
oct
09

Quelques jours avant le vote de la résolution

Dès mercredi 28 octobre, la résolution L 64, qui demande la tenue d’une conférence de quatre semaines consécutives en 2012, pour établir un traité international sur le commerce des armes afin d’élaborer un instrument juridiquement contraignant avec les normes les plus hautes possibles pour les transferts d’armes classiques, pourrait être présenter au vote. Et l’introduction dans la résolution, par les États-Unis, d’un point de procédure qui stipule que « les décisions, dans le temps de cette conférence, seront prises sur la base du consensus pour assurer un traité fort et robuste » a été clairement critiquée par les ONG. C’est vrai qu’après le discours d’Obama aux Nations unies, qui parlait de multilatéralisme et de la fin de l’arrogance étasunienne, son prix Nobel, cela fait un peu tâche comme première praxis…

Cela étant dit, aujourd’hui il me semble que nous devons nous retrouver autour de notre objectif de départ qui était : « l’ouverture des négociations pour l’établissement d’un TCA en 2012 avec la règle d’or comme paramètre essentiel ». C’est cette perspective qui doit dicter les choix tactiques de ces « quelques jours avant le vote » afin de donner un élan fort pour l’année à venir. Et je crois que nous devons peser pour ce que Paul Ricœur appelait la morale, cet équilibre  entre l’éthique, notre souhait d’un monde meilleur de justice et de droit de la personne, et la réalité. Peser pour que chaque État puisse trouver une logique « personnelle » dans le bien commun de tous, en s’accordant pour le voir, notamment, contenue dans l’article 1 de la Charte des Nations unies.

Les États-Unis se sont engagés, disons que cela induit celui de la Russie et de la Chine, pendant deux années vers le TCA, c’est le message que nous devons obtenir dans ce vote qui doit largement dépasser les précédents de 2006 et 2008. Un vote « signal clair » comme il n’y en a jamais eu dans le domaine du désarmement à l’ONU pour obliger les Etats à leurs obligations devant les millions de citoyens qui attendent un peu d’intelligence et de respect pour leur droits.

Benoît MURACCIOLE

20
oct
09

Et les Etats-Unis dans tout cela ?

Quelques jours après la déclaration de Hillary Clinton du 14 octobre, qui a officiellement annoncée l’engagement des États unis pour un TCA « fort et cohérent » à adopter sur la base du consensus, les délégués représentants des États à l’ONU, ouvraient le débat thématiques sur les armes classiques (traduction de la déclaration en français)

Je n’ai pas encore pu évaluer le petit tremblement de terre qu’a suscité cette déclaration, depuis 2001 que je viens à l’ONU pour travailler sur la question des armes légères et de petits calibres ou des armes classiques je n’avais jamais ni vu, ni entendu, les États-Unis faire une déclaration positive dans ce domaine. Le premier producteur, premier exportateur d’armes accepte de se lancer dans un traité qui s’annonce comme le plus ambitieux et complexe des traité sur les armes, un traité de régulation.

On sort de la pensée binaire qu’induisait les traités d’interdiction pour concevoir une interprétation commune de la régulation …

La résolution L38 déposée par 7 pays, Argentine, Australie, Costa Rica, Finlande, Japon, Kenya et Royaume uni, demande la mise en place de comités préparatoires dès 2010, afin d’ouvrir une conférence de négociation de 4 semaines consécutives en 2012 sur la base du consensus.

Comme certain d’entre vous on pu le voir dans un communiqué de presse commun entre Amnesty International France et Caritas France, si les ONG saluent l’entrée des États Unis dans ce processus nous soulignons notre préoccupation quant à  l’effet négatif que pourrait avoir le consensus, dans les négociations. Quelques États, notamment de l’Union Européenne, sont montés fortement au créneau dans ce sens.

La semaine à venir va nous donner des indications sur notre capacité à faire « passer le message » pour que les États qui soutiennent le TCA soient présents dans le débats pour affirmer leur scepticisme sur le consensus et leur attachement à la règle d’or. Et ce ne sont pas les  Etats Unis qui ont bouleversé les débats, leur déclaration a été plate, sans saveur et sans références aucune, contrairement au mois de juillet, aux droits humains, au droit international humanitaire et au développement économique et social…  mais on parlé de risque sinon négligeable d’usage des armes.

C’est là où, de mon point de vue, doit se concentrer notre travail car c’est la présence ou l’absence de ces mots qui fera un traité efficace ou pas.

Demain nous donnera, je l’espère, un peu plus de visibilité sur les rapports entre les forces présentes.

Benoît MURACCIOLE

Vous pouvez télécharger le discours d’Hilary Clinton traduit par nos soins

Vous pouvez voir les photographies prises par Benoît MURACCIOLE lors de l’Assemblée Générale de New York

14
oct
09

Les ONG à New York : comment travaillent-elles ?

Les ONG internationales se réunissent tous les jours, parfois plusieurs fois, pour tenter d’ajuster les tactique et la stratégies au plus près des informations que nous recevons. Qui dit ONG internationales, dit des points de vues, des engagements, des intérêts différents. Ce qui est bon signe d’ailleurs, car nous ne sommes pas dans une « contemplation » à pensée unique. Les liens ou la distance des ONG avec les gouvernements donnent déjà le ton. Il y a en Grande Bretagne par exemple, une culture de proximité entre les ONG et le gouvernement. Parfois, pour nous amnestiens, qui refusons tout financement direct des gouvernements, c’est un peu troublant. Certaines postures de ces ONG sont l’objet de houleux débats entre nous, mais c’est parfois aussi pratiques car cela permet de financer la participation d’un grand nombre de délégués. En parlant des délégués, je dois dire que si l’équilibre nord/ sud n’est pas encore atteint on y vient petit à petit.
Comme nous sommes tous restés un peu humains, il y a toujours parmi nous les puristes qui sont tellement attachés à leur virginité qu’ils sont prêt à tout sacrifier pour la garder sans un regard sur les raisons qui les ont amenés. Les spécialistes qui savent expliquer doctement, deux fois plutôt qu’une, ce que tout le monde sait. Il y a aussi les technocrates, qui règlent l’horloge du monde sans y avoir risquer la moindre exploration; mais avec du dogme qui ferait rougir le Vatican quelques rares dilettantes qui ne regardent pas trop les rapports, pas trop les textes de références mais qui sont gentil avec tout le monde. Ceux qui viennent là pour la carrière, la lumière et la gloire et qui s’accrochent à leur petit pouvoir.

Enfin il reste la majorité quand même, qui éprouve ses idées au milieu des circonstances, avec beaucoup beaucoup de travail d’argumentaires et de rapports, des questions, un peu d’expertise et pas mal d’humilité.
Bon j’exagère sûrement dans ce petit essai de description mais nous continuons d’avancer et c’est ce qui est important ; et pardon si certaines et certains, parfois, font souffrir les mouches.

Benoît MURACCIOLE

11
oct
09

Deuxième semaine de la première commission : quels enjeux ?

Si je voulais prendre l’image d’un bateau à voile, je dirais que notre objectif est de remonter le plus « au vent », qui serait le dépôt mercredi d’une résolution demandant l’ouverture des négociations pour 2010 pour un TCA qui prenne en compte les droits humains, le droit international et le développement économique et social, la règle d’or que vous connaissez maintenant.

Face à cela il y a un certain nombre de risques que ce bateau encoure :

D’abord un mauvais coup de vent qui renverse le bateau, ce pourrait être, par exemple, la demande des USA de voir le processus du TCA lié au consensus. Du coup le moindre État peut opposer un veto, un ministre ou un président qui se lève de mauvais poil, et cela en est fini du processus. La majorité des États qui soutiennent le TCA quittent le navire avant qu’il ne touche le fond. Le temps de retrouver un autre bateau, des voiles et de former un nouvel équipage, on continue, pendant quelques années encore, les graves violations du droit international pour des dizaines de millions de personnes.

Il y a aussi le vent qui tombe, une résolution qui fait trop de concession aux sceptiques, comme la Russie, le Pakistan, la Chine, L’Inde, l’Egypte …  Les États-soutiens, ceux qui ont investi ce processus et qui en attendent beaucoup, s’en désintéressent et arrêtent de souffler. Bateau en panne au milieu de l’océan, plus beaucoup à manger et à boire et quelques romantiques attendent le vent comme le Zangra de Jacques Brel attendait l’ennemi. Et les populations, pendant quelques années encore …

Mais il y a quelques espoirs de voir les Britanniques, dans un sursaut de conscience, écouter la majorité des États. Alors ces hommes de la mer pourraient remettre les parkas, envoyer le génois et remontent au vent, parce que ce ventè-là est plus fort que tout. C’est le vent de l’histoire qui voit, notamment, le premier président noir des USA recevoir le prix Nobel, non pas pour une action passée, mais comme une promesse de respecter les obligations existantes des États devant la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour cette semaine, je ferais bien le pari de l’intelligence, histoire de surprendre un peu les imbéciles !

Benoît MURACCIOLE

09
oct
09

Evènement Amnesty International à New York

Cet évènement est accompagné du rapport d’Amnesty International : Halte au commerce de la terreur, Comment l’intégration des normes de droits humains dans le traité sur le commerce des armes peut contribuer à garantir une véritable sécurité

Plus de 100 États étaient présents à l’événement organisé par Amnesty International le 6 octobre 2009 sur : « Comment un TCA peut-il assurer une meilleure sécurité ?« .

Panel de l'évènement AI du 6 octobre à NY (c) B. Muracciole

Le panel était présidé par Bafetigue Ouattara représentant de la Côte d’Ivoire à l’ONU, sur l’invitation de l’ambassadeur de Norvège Madame Mona Juul.

Mujahid Alam (c) B. Muracciole

Le brigadier général Mujahid Alam a rappelé comment dans son expérience de commandement au sein de la mission des Nations unies en République Démocratique du Congo il avait pu éprouver au jour le jour l’absence dramatique d’un TCA pour les populations civiles.

Novelette Grant & Brian Wood

Novelette Brant, Chef de département de police en Jamaïque, déclarait que dans sont pays en paix, le taux de criminalité était un des plus élevé au monde par défaut d’instrument international juridiquement contraignant sur le commerce des armes.

Enfin Brian Wood, le responsable du département armes d’AI expliquait, à travers des événements tragiques de Guinée, comment la France avait, en stoppant tout nouveau transferts vers ce pays, évaluée avec responsabilité le risque substantiel d’usage des armes.

Benoît MURACCIOLE

Vous pouvez aussi voir des photos de l’évènement sur notre compte Flickr

A l’occasion de cet évènement, Amnesty International a sorti un rapport de 16 pages, Halte au commerce de la terreur, explique en quoi un traité international sur le commerce des armes (TCA) efficace est un traité qui contribue à protéger la vie, les moyens de subsistance, les droits. Un  tel instrument doit permettre aux États de vendre, d’acquérir et de posséder des armes en toute légalité pour assurer leur sécurité, maintenir l’ordre et se défendre, conformément au droit international et aux meilleures pratiques. Ce document souligne le risque que les armes classiques transférées d’un pays à un autre soient utilisées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains. Le rapport est constitué de 5 cas pratiques, décrits en deux pages chacun, qui montrent que « l’absence de normes internationales en matière de droits humains portant sur les transferts d’armes met en péril la sécurité à travers le monde : elle facilite les homicides illégaux en Guinée et au Myanmar, la violence armée contre les femmes au Guatemala, et les crimes de guerre en Somalie et en RDC ».

Vous pouvez télécharger ce rapport sur le site d’Amnesty International ou ici

07
oct
09

Assemblée générale de l’ONU, le retour

Octobre 2009, me voilà à nouveau dans l’arène de la première commission à l’ONU. Cette fois encore, nous entrons dans ce que le cinéma appelle « climax »: le moment où le suspens est à son paroxysme et où l’histoire trouve sa résolution. De fait nous sommes plus dans une série télévisée, qui redessine, chaque année, l’avenir du monde et qui pourrait s’appeler : « Qui veut arrêter le TCA? ».

Mais là, s’arrête la fiction et le commence la responsabilité et les obligations des États. Car sans vouloir donner de chiffres fantaisistes, ce sont bien des millions de personnes qui restent concernées, au quotidien par la violence directe ou indirecte des armes. Qui attendent dans l’urgence qu’enfin les États prennent leurs fameuses responsabilités.

Les délégués des États Unis vont-ils respecter le discours de leur président en septembre à l’ONU ? « Les États unis sont prêt pour ouvrir un nouveau chapitre sur la coopération internationale, celle qui reconnaît le droit et la responsabilité de toutes les nations »

Quelle va être l’attitude des autres « sceptiques » comme la Chine, la Russie, l’Egypte ou l’Inde et le Pakistan ? Vont-ils se cacher dans d’interminables logorrhées ou au pire dans le  silence ?

J’espère vite avoir quelques bonnes nouvelles à vous faire partager.

Benoit MURACCIOLE